« Nous marchons vers l’unité… »

« Nous marchons vers l’unité… »

Le 1er décembre dernier, une « commémoration commune de la Réforme » a été organisée conjointement par le Pôle lyonnais de la Fédération protestante de France et par l’Église catholique de Lyon. Elle était donc tout naturellement coprésidée par le Cardinal Philippe Barbarin et par le Pasteur Stephen Backmann. La rencontre venait couronner une année d’initiatives placées sous le magnifique intitulé « Du conflit à la communion – ensemble tissons l’espérance ».

La célébration a enchaîné harmonieusement un temps de louange, de demande de pardon et la liturgie de la Parole : Marc 13-33-37, la parabole du portier qui attend son maître et sa conclusion sans détour : « Veillez, car vous ne savez quand ce sera le moment. » Cet appel évangélique a été commenté par une double prédication de Pierre Blanzat, pasteur du « Grand Temple » et de Pierre Lathuilière, curé de Francheville.

La communauté du Chemin Neuf qui avait participé à la préparation nous a permis de « visualiser » le sous-titre de la rencontre, un cadre de tissage décorait la tribune et on nous en a montré le fonctionnement, avant de distribuer à chaque participant ou participante une « navette » de tisserand. En outre, la communauté avait tissé deux étoles multicolores pour les deux célébrants qu’ils ont fraternellement échangées !

La célébration entendait marquer une date dans la riche histoire de l’œcuménisme lyonnais et une plaque a été gravée pour commémorer l’événement (v. ci-dessus).

Catholiques et protestants lyonnais avaient mesuré l’importance de la rencontre et une assistance nombreuse se pressait dans la vaste église Saint-Irénée (Lyon 5e) dans l’attente de la célébration. Mais, dès les premières mesures du « cantique d’ouverture », « Tournez les yeux vers le Seigneur… », un groupe d’une vingtaine de jeunes hommes a violemment apostrophé les célébrants sur le « blasphème » que constitue une prière œcuménique. Pour ces catholiques « intégristes » (c’est-à-dire en rupture avec Rome depuis le Concile Vatican II), la seule unité chrétienne concevable consiste pour les « dissidents » à revenir au sein de l’Église romaine, du moins telle que la conçoivent ces nostalgiques de l’Église catholique de Pie XII et de ses prédécesseurs ! Bien résolus à empêcher coûte que coûte le déroulement de la célébration œcuménique, ces activistes, visiblement très entraînés, se sont mis à vociférer à pleine voix des « Je vous salue Marie » (en ignorant, semble-t-il qu’en bonne piété catholique, le chapelet n’est pas une prière à Marie, mais une méditation des mystères chrétiens !) « On aurait dit une machine de guerre que rien n’aurait pu arrêter », nous confiait une participante effrayée par la violence de la provocation.

Après un moment de flottement, l’assistance s’est discrètement dirigée vers la crypte de l’église en sous-sol : depuis le Moyen-Âge, c’est un lieu de pèlerinage auprès du tombeau d’Irénée de Lyon, le second évêque de la ville (vers 150-202). Un lieu prédestiné à la réconciliation des chrétiens. D’une part parce qu’Irénée (en grec : homme de paix) a été un précurseur en la matière, en apaisant la querelle sur la date de Pâques initiée par l’évêque de Rome Victor. D’autre part parce que, au lendemain de la rencontre œcuménique de Graz en Autriche (1975), la crypte est devenue un haut lieu de l’œcuménisme lyonnais. Ainsi, dès qu’un archevêque est nommé à Lyon, il vient y prier avec les responsables des sept Églises chrétiennes de Lyon.

La célébration a pu alors se dérouler presque normalement, hormis l’exigüité du local qui a contraint nombre d’assistants à rester debout ou à s’asseoir par terre ! Mais la richesse symbolique du décor méritait bien ce petit sacrifice ! Et c’est en toute vérité que l’on a pu y chanter « Nous marchons vers l’unité » – sur l’air du fameux We shall overcome (nous gagnerons) de Martin Luther King !

Michel Barlow

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