Vive le numérique ! et l’humain dans tout ça ?

Le ministère de l’Intérieur, seul compétent depuis une dizaine d’années pour tout ce qui concerne les étrangers, a eu une idée moderne et géniale : la mise en place d’une « administration numérique pour les étrangers en
France ». ANEF. C’était en 2014. Sur son site officiel, le ministère de l’Intérieur continue aujourd’hui (15 mai 2026) de vanter ce système, fait pour « faciliter les échanges entre l’administration française et l’usager » : « fin des files d’attente, moins de passage en préfecture, moins de documents à fournir, des demandes simplifiées, un soutien usager (sic) personnalisé » .…
Une bonne décennie plus tard, on ne peut que constater les dégâts : des mois et jusqu’à deux ans d’attente pour obtenir le renouvellement d’un titre de séjour (au plan national, 930 000 dossiers en attente en ce début mai 2026 ! ), avec le renforcement de la précarisation des personnes que cela signifie, fréquente perte de l’emploi dans cette disparition d’une situation pourtant régulière, plainte des entreprises, etc.
Devant les ravages de cette « dématérialisation » des procédures, la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), accompagnée de neuf associations dont le Secours catholique, Forum Réfugiés et La Cimade, puis rejointe par la CFDT et la CGT, a fait un recours devant le Conseil d’Etat pour « carence fautive » de l’Etat. En date du 5 mai 2026, le Conseil a rendu sa décision. Il affirme que les « dysfonctionnements majeurs » de l’ANEF mettent gravement en cause l’exercice de leurs droits par les personnes étrangères, et rappelle à l’Etat son obligation de garantir « un service public accessible et continu ».
A suivi une instruction (non publiée) du ministre de l’Intérieur aux préfets, leur demandant notamment de ne pas outrepasser les exigences légales pour le renouvellement des titres de séjours, et de mettre en place un accompagnement humain pour les personnes les plus fragiles et les plus démunies devant les machines numériques. Est annoncé un plan de renforcement des moyens (500 postes) pour résorber le gigantesque retard, catastrophique pour des milliers de personnes.
La Cimade avait déjà obtenu gain de cause dans cette lutte contre la « dématérialisation », la justice administrative faisant obligation aux préfectures de proposer des procédures alternatives, simplement plus
humaines.
Yves Grellier
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